Un scooter urbain a changé ma façon de traverser Lyon aux heures de pointe

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Scooter urbain traversant Lyon aux heures de pointe, transformant la mobilité en milieu urbain

Le moteur a vibré sous mes genoux, quai du Rhône, juste avant le pont Wilson. L’odeur de caoutchouc chaud m’a sauté au nez quand la file s’est figée. J’avais le casque fermé, les mains moites, et les voitures me frôlaient presque à l’arrêt. Ce matin-là, j’ai vu Lyon autrement. Entre Bellecour et la rive opposée, j’ai compris que le trafic ne me ferait plus la même sensation.

Je n’étais pas prêt à tout ça quand j’ai commencé

Je suis marié, j’ai deux enfants adolescents à la maison, et mes journées ne laissent pas beaucoup de vide. Je suis parti sur ce scooter pour gagner du temps sans sacrifier mes nerfs. En tant qu’ancien mécanicien, j’ai d’abord regardé la machine comme un outil, pas comme un jouet. J’avais besoin d’un truc simple, qui démarre, qui avance, et qui ne me vole pas ma soirée.

J’ai choisi un 125 automatique pour ses redémarrages sans prise de tête. Je me suis retrouvé à compter les minutes perdues derrière la voiture, pas les kilomètres. Je pensais gagner surtout sur le trajet, mais je n’avais pas anticipé la fatigue du stop-and-go. Depuis mes années d’atelier comme ancien mécanicien, je sais que le détail qui semble minime finit toujours par parler.

Avant de commencer, j’étais sûr de moi. Je m’imaginais surtout un guidon, une selle, et un coffre sous la selle pour mon antivol et ma veste de pluie. Je n’avais pas prévu le souffle chaud sur les tibias, ni la tension quand un marquage blanc brille sous la pluie. Le scooter paraissait léger sur le papier, mais la ville lui impose sa propre manière de bouger.

La réalité du quotidien m’a vite rattrapé

Les premières sorties m’ont surpris dès le deuxième feu rouge. Le moteur montait, puis le variateur prenait le relais sans à-coup, et le scooter repartait proprement à chaque feu sans jouer de l’embrayage. J’ai été frappé par cette impression de glisser dans la file, alors que les voitures restaient bloquées. Sur mes trajets du matin, j’ai gagné 28 minutes un jour de bouchon, et ça change le visage de la journée.

Au bout d’une demi-heure dans les bouchons, l’odeur de caoutchouc chaud est devenue plus nette. Elle venait de dessous mes jambes, avec une chaleur qui remontait par le plancher. Je me suis dit que le scooter vivait sa propre vie, même quand moi je ne faisais que regarder les feux. Un mardi de novembre, je suis rentré avec cette odeur collée au pantalon, et je l’ai gardée jusqu’à la porte de l’appartement.

Un matin de pluie fine, j’ai abordé un rail de tram trop vite, près de la Guillotière. Le pneu avant a fait ce petit bruit sec des bandes blanches mouillées, et l’arrière a flotté d’un coup. Je me suis retrouvé avec une vraie sensation de vide sous les pieds. J’ai corrigé d’un geste sec, et j’ai compris que ce type de machine pardonne moins qu’une voiture sur le mouillé.

Sur les pavés et les raccords de chaussée, j’ai senti le guidon trembler et le plancher vibrer à 40 km/h. La béquille centrale a même claqué une fois sur un dos-d’âne mal pris, avec un bruit sec qui m’a remonté dans le dos. Quand le pneu arrière a commencé à se carréer, le train arrière a donné un léger tremblement dans les ronds-points. Pas terrible. Vraiment pas terrible.

Le déclic est venu avec un détail sonore et une odeur familière

Un matin, en sortant d’un bouchon vers Part-Dieu, j’ai entendu un petit sifflement au démarrage en côte. Le son venait de la transmission, juste après un arrêt prolongé au feu. Je n’avais jamais vraiment écouté ce bruit avant. J’ai alors regardé la courroie autrement, et j’ai senti que le scooter me parlait plus clairement que je ne le croyais.

La chaleur sur mes tibias était plus nette ce jour-là, presque sèche. L’odeur s’est mêlée au bruit du moteur, puis au bourdonnement de transmission qui changeait de ton. J’ai été frappé par ce mélange simple, presque banal, mais très parlant. En tant qu’ancien mécanicien, j’ai compris tardivement qu’un scooter n’attend pas qu’on l’écoute seulement quand il tombe en panne.

Ce que je sais à présent

J’ai appris à regarder la pression des pneus avec bien plus de sérieux. J’avais roulé avec l’arrière à 1,8 bar au lieu de 2,2, et le scooter flottait sur les bandes peintes. Le pneu arrière s’est aussi usé plus vite, avec une forme carrée qui se sentait dans les virages lents. Depuis, je contrôle avant les trajets chargés, surtout quand la pluie a lavé les marquages.

La courroie et les galets m’ont donné une autre leçon. À 11 900 km, j’ai senti des départs mous, puis des à-coups au feu rouge. Le moteur prenait des tours, mais la vitesse suivait moins bien. J’ai fini par faire remplacer la courroie et les galets avant la casse, pour 182 euros, et le scooter a retrouvé des reprises plus nettes.

L’ABS m’a aussi rappelé que la ville ne pardonne pas l’excès d’assurance. Un matin, sur une plaque mouillée près de Bellecour, j’ai freiné trop tard. L’ABS a fait son travail, mais l’arrêt a mangé 3 mètres que prévu. J’ai compris ce jour-là que le filet de sécurité ne remplace pas le regard sur la chaussée.

Pour l’hiver et la pluie, j’ai arrêté de faire le brave. J’ai gardé un équipement de pluie dans le coffre, et j’avais des gants plus couvrants dès que la météo tournait. Le résultat était simple : je restais moins crispé sur la selle, surtout les matins froids. Pour la batterie qui fatigue sur les petits trajets, je laisse le diagnostic à un atelier sérieux dès que le démarreur devient paresseux.

Mon bilan après plusieurs mois : ce que je referais et ce que je ne referais pas

Ce scooter a changé ma façon de traverser Lyon, et pas seulement mes horaires. Je suis rentré plus léger le soir, avec moins de crispation dans les épaules et moins d’agacement en arrivant à la maison. Mes deux adolescents l’ont remarqué avant moi, parce que je râlais moins quand le trafic bloquait les quais. J’ai gardé le même trajet, mais je ne l’ai plus vécu de la même façon.

Je ne referais pas l’erreur de laisser la transmission aller trop loin avant de la contrôler. Je ne referais pas non plus le coup du pneu un peu sous-gonflé, parce que le flottement sur les marquages m’a servi de rappel assez net. J’ai aussi compris qu’un bruit nouveau ne mérite pas d’être balayé d’un revers de main. Depuis, au moindre sifflement, je m’arrête et j’écoute.

Je conseillerais ce type de scooter à quelqu’un qui accepte de surveiller la route de près et de faire un peu d’entretien. Pour les trajets avec beaucoup de feux et les départs fréquents, il m’a simplifié la vie. En revanche, si on roule sans regarder l’entretien ou sur des chaussées dégradées, il demande plus d’attention. Ce n’est pas un jouet, et ce n’est pas une baguette magique.

Je n’oublierai jamais ce matin-là, casque sous le bras, quand j’ai traversé la place Bellecour sans chercher une place, avec encore l’odeur de goudron chaud sur mes jambes. J’avais quitté les quais du Rhône une heure plus tôt, et je n’avais pas eu à lutter contre l’embrayage une seule fois. C’est ce contraste-là qui m’est resté. Pas le bruit, pas la vitesse, juste cette ville traversée sans s’épuiser avant d’arriver.

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